Un problème d'autorisation qui a donné naissance à une légende
L'histoire commence en 1993. Charles Gordon-Lennox, alors Lord March et aujourd'hui 11e Duc de Richmond, hérite du domaine de Goodwood dans le West Sussex, en Angleterre — un terrain chargé d'histoire automobile puisque son grand-père, Freddie March, y avait ouvert un circuit dès 1948, fermé en 1966. Lord March veut faire revivre le sport automobile sur le domaine, mais se heurte à un obstacle simple : il n'a pas l'autorisation nécessaire pour organiser une course sur le circuit fermé depuis près de trente ans.
Plutôt que d'abandonner, il choisit une autre voie : organiser l'événement directement sur les terres de sa propriété, sur une allée en pente menant à Goodwood House. Le 20 juin 1993, le premier Festival of Speed voit le jour. Format minimaliste — une sélection de véhicules historiques invités, une ligne de départ construite avec les moyens du bord par le personnel du domaine, des bottes de paille pour sécuriser le tracé. Malgré une concurrence directe avec les 24 Heures du Mans la même semaine, l'événement attire 25 000 visiteurs, très au-delà des 200 personnes attendues par les organisateurs.
D'un pari confidentiel au rendez-vous mondial de l'automobile
Le succès ne se dément pas. En 1994, une deuxième journée (le samedi) est ajoutée. En 1996, le vendredi rejoint le programme. En 2010, le jeudi complète le format, faisant du Festival un événement de quatre jours complets. Aujourd'hui, l'événement attire plus de 200 000 visiteurs chaque édition, et s'est imposé comme le plus grand rassemblement automobile du monde en termes de prestige et de diversité des machines exposées.
Le Festival a également donné naissance à un événement frère : le Goodwood Revival, lancé en 1998, qui a permis la réouverture du circuit historique fermé depuis 1966 — cette fois avec les autorisations nécessaires. Les deux événements cohabitent aujourd'hui dans le calendrier Goodwood, le Festival of Speed en été et le Revival en septembre.
Ce qui devait être une solution de repli faute d'autorisation est devenu le rendez-vous que le monde entier copie sans jamais l'égaler.
Le principe : grimper la colline le plus vite possible
Le cœur du Festival reste inchangé depuis 1993 : la Hillclimb, un tracé de 1 890 mètres (1,17 mile) à travers le domaine, comportant 9 virages et une dénivellation de 92,7 mètres, soit une pente moyenne de 4,9%. Le principe est d'une simplicité absolue — chaque pilote grimpe la colline en tentant de réaliser le meilleur temps possible, peu importe l'époque ou la motorisation de la voiture. Le record actuel du tracé a été établi en 2022 par Max Chilton au volant de la McMurtry Spéirling, une voiture électrique à effet de sol, en 39,081 secondes.
Cette proximité entre les spectateurs et les machines — le public est installé le long du tracé, séparé uniquement par des bottes de paille — reste l'un des éléments qui distingue Goodwood de n'importe quel autre salon automobile au monde.
Ce qu'on y trouve aujourd'hui
Le Festival s'est considérablement étoffé depuis ses débuts confidentiels. Voici les zones incontournables pour qui prévoit d'y aller :
- Le Supercar Paddock — l'endroit où observer de près les hypercars et supercars les plus exclusives du moment, souvent présentées par les constructeurs eux-mêmes avant leur sortie officielle.
- Le Cathedral Paddock — abrite chaque année des expositions thématiques change, souvent construites autour d'un anniversaire ou d'une célébration (en 2026, une grande exposition dédiée à la culture automobile américaine).
- La Central Feature — la sculpture monumentale installée devant Goodwood House, conçue chaque année par l'artiste Gerry Judah, généralement en l'honneur d'un constructeur ou d'un préparateur (Singer en 2026).
- Le First Glance Paddock — la zone dédiée aux premières mondiales de voitures de route, où de nombreux constructeurs choisissent de dévoiler leurs futurs modèles.
- Le Cartier Style et Luxe — un concours d'élégance statique réunissant des voitures classiques rares, jugées sur leur design et leur histoire plutôt que sur leur performance.
- Le Forest Rally Stage — un tracé de rallye à travers la forêt du domaine, où circulent aussi bien les WRC modernes que les icônes historiques comme l'Audi Quattro ou la Lancia Delta Integrale.
- L'Off-Road Arena — dédiée aux véhicules tout-terrain les plus extrêmes, sur un tracé technique pensé pour ce type de machines.
- Le Moving Motor Show — introduit en 2010, permet aux visiteurs de réserver des essais routiers de véhicules neufs directement sur le domaine.
Les nouveautés marquantes de l'édition 2026
Au-delà de l'histoire, Goodwood reste avant tout la scène où les constructeurs choisissent de dévoiler leurs machines les plus radicales. L'édition 2026, qui se déroule du 9 au 12 juillet, ne déroge pas à la règle :
- Red Bull RB17 d'Adrian Newey — le clou du spectacle. Cette hypercar de piste conçue par Adrian Newey, animée par un V10 Cosworth et développée jusqu'à son état final, fait ses débuts publics dynamiques sur la colline. Newey lui-même prend le volant, aux côtés des pilotes F1 Isack Hadjar et Yuki Tsunoda. Il s'agit du dernier projet complet de Newey pour Red Bull avant son départ du constructeur.
- McLaren W1 — présente dans la classe Supercar Run, l'une des voitures les plus attendues du paddock supercars 2026.
- RUF CTR3 — prototype développé par le constructeur indépendant allemand RUF, doté d'un flat-8 biturbo inédit annoncé à 1 000 chevaux, avec boîte manuelle à six rapports.
- Praga Bohema — supercar tchèque tout carbone, homologuée route, pesant moins de 1 000 kg pour 700 chevaux.
- Bentley Supersports — la marque britannique fait dialoguer sa nouvelle Supersports 2026 avec l'originale de 1926, dans le cadre des 100 ans du nom Supersports chez Bentley.
- Central Feature Singer — la sculpture monumentale devant Goodwood House est cette année consacrée à Singer, le préparateur californien connu pour ses réinterprétations de la Porsche 911.
Le Cathedral Paddock accueille par ailleurs une grande célébration de la culture automobile américaine pour 2026, avec près de 50 véhicules couvrant l'IndyCar, la NASCAR, le Can-Am et le Trans-Am, marquant plusieurs anniversaires ronds (110 ans de l'Indy 500, 60 ans du Can-Am et du Trans-Am notamment).
Un événement qui mélange les époques sans hiérarchie
Ce qui frappe à Goodwood, c'est l'absence de frontière entre les époques. Une Bugatti Type 35B d'avant-guerre grimpe la même colline qu'une hypercar électrique à peine sortie d'usine. Des pilotes de légende comme Damon Hill ou Sebastian Loeb côtoient les pilotes de Formule 1 en activité. Le Duc de Richmond lui-même résume l'esprit de l'événement en insistant sur son caractère dynamique : contrairement à un salon automobile classique où les voitures restent statiques, Goodwood les fait rouler, dans la boue, sur l'asphalte, devant un public qui peut sentir la chaleur des moteurs et l'odeur du caoutchouc chaud.
Trente ans après sa création improvisée faute d'autorisation, le Festival of Speed reste fidèle à son principe fondateur : rassembler toute l'histoire de l'automobile, du plus ancien au plus futuriste, sur une même colline, devant un public qui peut y toucher presque du doigt.
Pour le programme complet et la billetterie, direction le site officiel de Goodwood.